21.10.2009
Gratuit vs Payant: la fin d'un tabou?
A la fin du mois d'août dernier, la planète médias fut littéralement bouleversée par les déclarations du PDG de News Corp*, le magnat de la presse Rupert Murdoch, sur les modèles payant en ligne : « Le journalisme de qualité coûte de l'argent, déclara-t-il, et si la révolution digitale a créé de nouveaux réseaux de distribution peu chers, cela ne signifie pas pour autant que leur contenu doive être gratuit. » Cette déclaration fit l'effet d'une douche froide, dans la mesure où ce même Murdoch avait défendu au mois de novembre 2007 le modèle gratuit fondé sur les ressources publicitaires : « Au lieu d'avoir un million d'abonnés, nous aurons au moins dix à quinze millions de lecteurs aux quatre coins du monde. », avait-il soutenu. Depuis, la crise a redistribué les cartes, impactant directement le modèle économique publicitaire.
Ouvrant la brèche, Murdoch fut immédiatement relayé, notamment par Lionel Barber du Financial Times, qui prédit « avec confiance que dans les douze prochains mois, presque tous les médias d'information [feraient] payer leur contenu. » En Espagne, plusieurs éditeurs signèrent un manifeste pour un nouveau journalisme prenant en compte la diffusion on line, sous le titre : « La fin de la gratuité sur le Web ». On peut y lire notamment « que les médias doivent adapter leurs méthodes de travail à la nouvelle réalité technologique au lieu de les ignorer », « que le réseau Internet nécessite un travail » et que celui-ci doit être rémunéré. En France, les groupes de presse commencèrent à parler de services Premium, de modèles mixtes, d'abonnements à la carte, d'accès payants à une prépublication, etc. Le Groupe Roularta, Le Monde, Libération, Le Figaro, Les Echos... Chacun se posa et se pose toujours la question de savoir quel est le prix qu'un internaute est prêt à payer pour accéder à une information, mais aussi à des services.
Parallèlement aux déclarations du PDG de News Corp, le très médiatique Chris Anderson** publiait un brûlot sobrement intitulé : « Free ! Entrez dans l'économie du gratuit ! » Pour l'anecdote, le livre en anglais était gratuit sur le Web mais payant sous sa forme papier. Anderson présente en fait quatre catégories de services "gratuits" :
1. Le « modèle publicitaire » ou « tiers payant », permettant par exemple à une radio de produire des émissions grâce à des revenus publicitaires.
2. Le « marketing gratuit » ou « fausse gratuité », permettant par exemple à une société de téléphonie d'offrir un mobile mais de faire payer l'abonnement.
3. Le service « freemium/premium », tablant sur le paiement d'un abonnement à des services non disponibles à un premier niveau de gratuité.
4. Enfin, le système de don tel qu'il existe avec l'encyclopédie gratuite Wikipédia.
En dehors de ce dernier cas, il existe donc à un moment ou à un autre un système payant. Comme le dit non sans ironie Daniel Gross de Newsweek, « Nous sommes peut-être à l'ère du repas gratuit, comme l'affirme Anderson. Mais les convives devront peut-être payer le couvert. »
Quoiqu'il en soit plusieurs questions restent en suspens : comment faire payer simplement et rapidement l'information en ligne ? Comment déterminer la valeur d'une information pour la mettre dans la rubrique gratuite ou bien dans la rubrique payante ? Comment proposer autre chose que ce qui est disponible gratuitement en ligne ? Dans le monde du buzz, peut-on faire payer le lundi une information qui sera relayée et diffusée gratuitement le mardi ?...
Comme vous pouvez le voir, le débat est plus que jamais ouvert.
Christophe Dickès
* News Corp possède entre autres le Wall Street Journal, le New York Post, le Times de Londres, le Sun, etc.
** Chris Anderson est journaliste. Il dirige la rédaction du magazine américain sur les nouvelles technologies, Wired. Son livre est disponible aux Editions Pearson, 311 pages, 22 €. Voir son site : www.thelongtail.com.
16:18 Publié dans Christophe Dickès, Gratuit vs payant, Journalisme, Livre, Presse, Publicité, Web | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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Commentaires
Dans ce monde capitaliste où l'argent est maitre, c'est toujours agréable de pouvoir bénéficier de services gratuits. A force d'attendre sa contrepartie financière, on oublie malheureusement d'aider son voisin.
Écrit par : Jeux gratuits | 31.01.2010
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